• Macha : "Le cabinet des Merveilles", T.04

     

    Je suis faible ! Moi qui m'étais dis d'attendre un peu avant de commencer cette nouvelle aventure de Macha, je n'ai pas pu m'empêcher de faire ce premier chapitre. Et comme je me connais, d'autre devrait suivre dans les semaines qui viennent...

    Bref, je vous propose donc ici le premier chapitre. Je pense que ce chapitre sera bien plus mautre que ceux des  récits précédents car j'ai progressé (enfin j'espère).

     

    Je vous remet le synopsis général des aventures de Macha, ainsi que celui d cet épisode.

     


     

    Synopsis Général :

    Paris, sous le règne de Louis XIII.
    Venez suivre les aventures de Macha.

    Après une longue errance, Macha se pose enfin dans la capitale française. Entourée par ses amis Tolbiac, mousquetaire du Roi, et Enguerrand, garde du Cardinal, elle fera face à aux complots contre le pouvoir en place; à la folie de secte religieuse; aux conflits entre Tolbiac et Sagamore,ennemis jurés; et son passé...

     

     Synopsis de l'épisode :

    Après l'avoir sauver d'un agression, Macha est invitée chez un étrange noble possédant un cabinet des curiosités. Un peu excentrique, il est persuadé qu'il possède des objets magiques qui pourraient lui permettre de transformer plomb en or. Malheureusement, il n'est pas le seul à croire aux étranges pouvoir de l'alchimie

     


    Chap.01

     

     

     

                Il faisait beau ce matin-là.

    D’un pas vif et dynamique, une belle femme aux allures hommasses arpentait les rues de Paris pour rejoindre le lieu où elle avait résidé ces derniers mois. Un petit sac de toile jeté sur l’épaule, elle marchait d’un air décontracté, un sourire aux lèvres. Ses sublimes yeux verts observaient le ciel bleu qu’aucun nuage ne venait ternir. Un vent frai faisait virevolter ses cheveux noirs de jais, ainsi que les longues franges de son épais bandeau verdâtre et sa ceinture.

    Elle arriva enfin devant une haute maison à pans de bois. Sur son mur pignon était accrochée une enseigne indiquant que l’endroit était une boutique d’apothicaire. La jeune femme hésita à enfoncer la porte, car elle savait que cela ferait hurler le maître des lieux. Et elle aimait cela. Finalement, elle entra normalement. Quand elle poussa la porte, une clochette sonna.

                Le Toulousain, le propriétaire des lieux, était à son comptoir en pleine lecture. Quand il releva la tête pour accueillir son client, l’homme ne put retenir un cri de joie.

    « _Macha ! »

    Le visage de l’apothicaire, âgé d’une quarantaine d’années, s’illumina. Il remit ses petites lunettes sur son nez tout en repoussant sa longue queue de cheval dans son dos. Il était heureux de voir sa jeune amie revenir. De plus, tout en elle indiquait qu’elle était en paix avec elle-même, ce qui contrastait avec la dernière fois où il l’avait vu. Son séjour loin de Paris lui avait visiblement fait un bien fou.

    Cette dernière lui rendit son sourire. Elle était contente de voir qu’elle avait manqué.

    Le Toulousain alla à sa rencontre et la sera fort dans ses bras. Il lui fit part de ses impressions, ce qui ne fit qu’augmenter la joie de Macha. En gentilhomme qu’il était, il la débarrassa de son petit sac, ainsi que de sa longue veste noire.

                Ayant entendu crier le nom de la jeune femme, Margot s’était précipité à la rambarde la mezzanine. L’enfant de treize ans avait créé un lien affectif fort avec Macha. Ses yeux brillèrent de mille feux en voyant son amie. Elle dévala les escaliers quatre par quatre avant de se jeter dans les bras de son amie. Sous le choc, la jeune femme manqua de tomber à la renverse.

    « _Te revoilà ! Ho Macha ! Alors, raconte ! Comment que c’était chez Richelieu ? Raconte !!! »

    « _Holà doucement jeune fille. » Dis doucement la nouvelle venue, « Je viens à peine d’arriver que tu m’assailles de questions. J’aimerais poser mes affaires, grignoter une miche de pain et prendre un bon verre d’eau. »

    Margot rougit. Elle se sentait gênée d’avoir ainsi agressé son amie. Elle la lâcha. Macha put enfin reprendre son souffle. Elles échangèrent des sourires de satisfactions.

    Le Toulousain les invita à regagner la mezzanine pendant qu’il allait chercher ce qui satisferait les désirs de la nouvelle arrivante.     

                Appuyé à la rambarde de la mezzanine, un homme, portant la casaque des mousquetaires du Roi, regardait d’un œil tendre les retrouvailles des deux femmes. Ses longs cheveux châtain foncé lui tombaient sur les épaules, ses mèches cachaient ses yeux sombres. Il était également heureux du retour de la jeune femme. Cependant, il n’avait pas voulu se joindre à la petite fille. Il connaissait bien Macha et il savait qu’un tel geste de tendresse de sa part lui aurait valu de violentes représailles.

    Machinalement, Macha leva les yeux. Elle vit Tolbiac la regarder avec un air d’abruti fini. Il avait l’air d’une demoiselle de petite vertu attendant son client en relevant les mèches de ses cheveux.

    « _Tolbiac, tu sais que tu es le nuage noir de mon ciel bleu ! »

    L’intéressé grimaça. Il s’attendait à ce genre de gentillesse dans la bouche de son amie. Mais elle lui avait dit avec un tel calme qu’il trouva cela presque anormal. Il avait tellement l’habitude de se faire agresser verbalement, et parfois physiquement. Le mousquetaire sourit et lui rendit sa remarque désagréable par une douceur.

    « _Au moins, je suis quelque chose pour toi. Ce qui, en soi, est déjà un exploit ! » Répondit-il tout en brossant du doigt sa moustache finement taillée et sa barbiche. Macha rit jaune, mais n’ajouta rien. Mais il continua sur les petites remarques.

    « Mademoiselle se met à la soie à ce que je vois. »

    La jeune femme jeta un coup d’œil rapide aux manches de sa chemise de soie blanche. Il est vrai que jusqu’à maintenant, elle avait toujours porté des vêtements en toile de lin.

    « _Cadeau de son Éminence pour service rendu à l’État. » Répondit-elle avec une pointe de mépris en arrivant à l’étage. « Je trouve ce genre de remarque assez mal placé de ta part môsieur le précieux. Tu t’es regardé avec tous tes frous-frous et tes dentelles ?

    _Certes, mais moi, j’assume d’être issu d'une noble lignée. »

    Macha ne l’écoutait déjà presque plus. Elle avait continué de gravir les marches pour se rendre au second étage où une chambre lui était réservée. Rien n’avait bougé depuis son départ. Les étagères étaient toujours pleines de livres. Son lit était fait, des couvertures d’aspects neufs recouvraient un épais matelas de paille et un gros coussin en plume. Une seule chose avait cependant changé. Sur la table qui lui servait de bureau se trouvait un coffre en bois précieux. Sur le couvercle se trouvait une petite clé ainsi qu’une lettre. Cette dernière contenait un message signé de ses trois compagnons : Tolbiac, Enguerrand et Le Toulousain. Il n’y avait que quelques mots : pour ranger ton diadème*. La jeune femme fut touchée par tant d’attention de la part de ses amis. Sa première initiative fut de récupérer son précieux bijou. Ce dernier était caché dans un petit sac qu’elle glissait entre le sommier de son lit et le matelas. Il y avait peu de chance qu’on vienne le lui voler, mais Macha préférait éviter de l’exposer. C’était l’un de ses rares biens et elle y tenait plus que tout au monde. Elle observa un long moment le diadème. Les deux serpents qui le composaient s’entremêlaient tout en tenant dans leur gueule une sublime émeraude. Un sentiment de tristesse l’envahit. Elle aurait tant voulu… Mais le choix d’un homme en avait décidé autrement. Machinalement, son regard porta vers sa bague représentant deux corbeaux, également emmêlés, dont les yeux étaient incrustés de pierre rouge. Elle eut un petit sourire nostalgique avant de pousser, un soupire. Puis elle alla placer son précieux diadème dans le coffre qu’on lui avait offert. Par contre, elle ne sut quoi faire de la clé. La garder sur elle pouvait être dangereux et surtout le meilleur moyen de la perdre. La cacher était presque stupide, mais elle ne voulait pas la laisser exposer aux yeux de tous. Elle se contenta de la placer sur le haut d’une des petites bibliothèques qui garnissaient sa chambre. Bien que les livres soient des objets chers, Le Toulousain en avait une très belle collection.

    Le moment d’émotion passé, Macha décida de se mettre à l’aise. La soie était une matière bien trop chère et noble pour que la jeune femme ne la porte en permanence. Surtout avec Enguerrand et Tolbiac qui avaient le don de s’attirer des problèmes. Elle troqua donc sa belle chemise avec une classique, c’est-à-dire une en lin. La journée s’annonçait chaude. Macha prit la décision de ne pas remettre son corset. Elle noua sa ceinture en tissu verdâtre puis descendit rejoindre ses amis. Son ventre criait silencieusement famine.

                Tolbiac et les autres étaient tous installés autour de la table. Un énorme pain, un pichet d’eau et un reste de jambon l’attendaient patiemment. Ces amis tentaient de calmer Margot qui sautillait sur son tabouret et posant des centaines de questions.

    « _J’espère que ces modestes mets te satisferont, dit humblement Le Toulousain en voyant arriver son amie.

    _C’est parfait ! se réjouit la jeune femme.

    Elle prit un tabouret et je mis à côté de l’enfant qui ne cessait de la dévorer des yeux. Macha était vraiment un modèle pour elle. Margot continuait de bondir sur son tabouret en attendant que son amie lui raconte son séjour chez l’un des hommes les plus importants de ce pays. Suite à la tentative d’assassinat du Roi Louis XIII, de son frère Gaston d’Orléans et de son premier ministre le Cardinal de Richelieu, Macha avait été chargée – ou contrainte – qu’enquêter sur cette affaire. Cela l’avait énormément éprouvé psychologiquement. À la fin de cette éprouvante aventure, le premier ministre du Roi de France l’avait cordialement invité à se reposer dans sa résidence de province.

    Avec les sourires qui ne cessaient d’illuminer son visage, ses amis étaient convaincus que son séjour à Luçon lui avait été plus que bénéfique.  

    “_Alors, alors !! Raconte !” répétait sans arrêt la petite rouquine.

    _Ho, tu sais, il n’y a pas grand-chose à dire. J’ai passé deux semaines à me prélasser dans un lit au matelas de plume. Je dormais jusqu’à midi, mangeant plus que de raison, boire comme un puits sans fond et je finissais mes journées écrouler  sur un canapé de velours avec un chat sur mes genoux. La vie de château quoi…. »

    Margot avait des étoiles dans les yeux. Elle s’imaginait sa belle amie dans de somptueux habits dans des pièces aux luxes tout aussi exubérants.

    _Et puis ? Et puis ?

    _Et puis quoi ? Je n’ai rien fait de bien extraordinaire…

    _Et la cohabitation avec Richelieu ? Il n’était pas trop dur à vivre ? demanda Tolbiac.

    _Ma foi, Rich’…

    _Rich’ ? l’interrompit le mousquetaire.

    _Oui, Rich’, c’est le petit nom que je lui donne pour le faire enrager. Et je peux t’assurer que c’est assez jouissif… Mais passons. Rich’ est assez facile à vivre mine de rien. C’est un homme cultivé. D’ailleurs, Le Toulousain, j’ai souvent pensé à toi en voyant sa bibliothèque. Il se vante d’avoir près de 8 000 ouvrages. Je ne les ai pas comptés, mais je pense qu’il dit  la vérité.

    _Ha, que j’aimerais aussi voir autant de livres, soupira Le Toulousain, un petit sourire envieux aux lèvres.

    _Après, il ne faut pas oublier que ce cher Rich’ est un politicien de talent et un homme d’Église. Il peut être très désagréable quand il veut. Mais bon, nous nous sommes très bien entendus.

    Macha continua de parler de son séjour. Elle parlait avec amour des chats qui logeaient chez le Cardinal. La jeune femme aimait ces animaux. Richelieu lui avait même proposé de lui en offrir un. Elle avait refusé, car elle ne voulait pas imposer un animal chez son logeur. Le Toulousain l’invita à accepter un si précieux présent la prochaine fois. Un peu de compagnies au comptoir ne serait pas pour lui déplaire. Margot semblait aussi emballer à l’idée d’accueillir une de ces charmantes boules de poils.

    _J’ai eu parfois l’impression que Rich’ m’aurait offert tout ce que je lui aurais demandé. Si je l’avais écouté, je serais revenue avec un cheval, des dizaines de chemises de soie, de nouveaux corsets, des bijoux et tout un tas d’autres choses…      

    _Pourquoi t’as pas accepté ? lui demanda Margot stupéfaite. Elle ne comprenait pas pourquoi son amie avait refusé tant de présent.

    _Parce que je n’avais pas envie. Tu sais ma petite, un homme qui t’offre trop de présent est surtout un homme qui à une idée derrière la tête. Mais j’aurai peut-être du accepté un corset…fit-elle par ironiser.

    _Tu as bien fait. Richelieu est peut-être cardinal, mais les rumeurs courent qu’il aurait…des désirs que sa soutane lui interdit d’avoir.

    Tolbiac essayait de parler par sous-entendu pour que la jeune fille ne comprenne pas ses propos. Ce dont ils allaient parler n’était pas de son âge.

    _Ha  ça ! Je peux te le confirmer. Mais comment l’en blâmer. Avant d’être un homme de Dieu, Rich’ est un homme tout court…

    _Il t’a fait des propositions » ? s’étonna Le Toulousain.

    _Non, il n’est pas complètement fou non plus. Mais vu le nombre de fois où son regard s’est posé sur ma poitrine, il n’y a pas tellement de doute à avoir. »

    Cela dit, Macha fit comprendre qu’elle ne souhaitait pas s’étendre sur ce sujet. De plus, ce n’était pas la peine que Margot soit mêlée à ce genre de conversation d’adulte. Elle aussi subtilement comprendre qu’elle faisait ce qu’elle voulait de son corps. Si elle avait envie d’un homme, ses amis n’avaient rien à dire sûr ça. Cette remarque fut lancée principalement à l’attention de Tolbiac.

    « _D’ailleurs, lui et toi partagés de nombreux points communs, s’amusa la jeune femme.

    _Ha bon vraiment ? se moqua l’intéressé.

    _Vous vous appelez tous les deux Armand, vous êtes ducs…

    _Ho, si ce n’est que ça.

    _Vous tenez tous les deux à Macha…s’amusa Le Toulousain. D’ailleurs, ce dernier fut surpris que les deux zigotos ne se soient pas encore méchamment disputer. La bonne humeur communicative de Macha allait peut-être persister malgré la présence du mousquetaire. Macha ne détestait pas Tolbiac, mais elle gardait une étrange rancœur au fond d’elle qui la poussait souvent à s’en prendre verbalement et physiquement à ce dernier.

    Macha grimaça à sa remarque. Tolbiac aurait bien voulu répondre quelques choses, mais il avait si peur de prendre un coup qu’il s’abstint.

    _Ils sont aussi cons tous les deux, surenchérie la jeune femme amusée.    

    _Toujours aussi aimable, répondit ironiquement le mousquetaire.

    _Il faut aussi dire qu’entre duc et cul il n’y a qu’une lettre.

    Le Toulousain et cette dernière éclatèrent de rire. Margot n’avait pas compris le jeu de mots de son amie. Quant à Tolbiac, il se contenta d’une grimace.

     

                Il était presque midi quand la porte de la boutique du Toulousain fut violemment foncée. Le propriétaire des lieux toujours dans la mezzanine ne put s’empêcher de crier à l’attention de ces clients. Ah ! qu’est-ce que ça pouvait l’énerver que l’on fasse ainsi claquer cette porte. Les gens n’avaient-ils aucune éducation ?

    Il se leva pour se rendre au rez-de-chaussée pour y servir ses clients quelque peu bruyants. Mais avant qu’il n’ait fait un pas, une voix cria à l’aide.

                 Par réflexe, Macha et Tolbiac bondirent de leur chaise pour se précipiter à la rambarde. Le Toulousain, lui, s’était déjà élancé dans les escaliers.

    Macha fut affligée par ce qu’elle vit. Deux hommes, portant la casaque des gardes du Cardinal, en soutenant un troisième. Et ce troisième homme, c’était Enguerrand. Ce dernier avant deux blessures, une à l’épaule et une à la cuisse. Les plaies saignaient abondamment me ne semblaient ne pas être mortelles. Du sang coulait aussi de son nez et une de ses lèvres était fendue.

    “_Ca, bizarrement, ça ne m’avait pas manqué.” Soupira d’un air maussade la jeune femme.

    À la demande du Toulousain, les gardes montèrent leur compagnon au premier étage, à la mezzanine. Ils installèrent le blessé sur une chaise.

    “_Qu’est ce qui s’est passé ?” demanda le mousquetaire.

    Un des gardes le regarda d’un air mauvais avant de lui répondre. Comme toujours, un affrontement avait eu lieu entre les deux corps de garde. La rivalité entre les mousquetaires du Roi et les gardes du cardinal de Richelieu étaient une véritable catastrophe. Il n’y avait pas une semaine sans qu’il n’y ait d’affrontement. Les morts pouvaient se compter par dizaines dans les deux camps.

    Enguerrand et Tolbiac étaient des légendes vivantes, car ils étaient les seuls à appartenir à chacun des camps et à s’entendre. Ils se prenaient de temps en temps à ce jeu des rivalités, mais jamais ils n’avaient osé aller jusqu’à tuer leurs adversaires pour si peu.

    Macha trouvait ces affrontements affligeants. Mais que pouvait-elle faire mise à part à jouer les infirmières ?

    “_Ho, ce n’est pas grand-chose !” se moqua le blessé. “Un petit peu de baume, un peu de fil et tout sera finit.” Les grimaces qu’affichait son visage disaient des choses bien différentes.

    _Tu as surtout l’air très malin dans cet état ! Tu riras moins quand c’est ton cadavre que l’on ramena ici sombre idiot ! le réprimanda Macha.

    _Oh, mais je l’ai fait exprès tu sais ! J’avais tellement envie que tu t’occupes de moi, se moqua Enguerrand.

                Le Toulousain arriva avec une bassine d’eau dans les mains, des bandages sur l’épaule. Margot, qui l’avait rejoint quand les gardes étaient arrivés, portait plusieurs pots.

    En réponse à la moquerie de son ami, Macha alla prendre le récipient de l’apothicaire ainsi que les bandelettes. Enguerrand voulait qu’elle joue les infirmières ? Alors elle allait satisfaire son souhait.

    Quand Enguerrand vit ce que son amie était en train de préparer, il pâlit. Il se souvenait de la manière dont elle avait soigné Tolbiac et Sagamore** alors de l’affaire de la secte de l’Horloger.

    “_Mais je rigolais Macha !!

    _Et bien moi pas ! Vociféra-t-elle.

    Avec un peu de chance, cette séance de soin – ou de torture — lui ferait passer l’envie de se battre en duel.

    Le Toulousain et Tolbiac regardaient les événements à venir avec un œil amusé. Ce coup-ci, Enguerrand l’avait cherché. Combien de fois le mousquetaire lui avait-il dis de ne jamais provoquer la jeune femme ? Peut-être retiendra-t-il la leçon aujourd’hui. Cependant, les gardes ne voyaient pas la chose de cette manière. Quand ils comprirent que la jolie jeune femme n’avait pas du tout l’intention de se montrer tendre avec leur camarade, ils tirèrent leurs épées pour qu’elle reste loin de lui.

    ‘_Holà demoiselle. Nous ne vous laisserons pas vous en pendre au sieur Du Lyonnais !’

    Macha fronça les sourcils. Où se croyaient-ils pour lui parler ainsi ? Heureusement, le blessé vint apaiser ses compagnons. Mais le mal était fait.

    La jeune femme, n’appréciant pas les menaces, passa entre les rapières sans la moindre peur. Les paroles d’Enguerrand lui avaient facilité le passage. Quand elle voulut le soigner, le garde lui demanda gentiment de laisser Le Toulousain faire. Elle hésita un moment.

    ‘_C’est d’accord ! Je ne suis pas là non plus pour vous chaperonner !’ En parlant ainsi, elle s’adressait aussi à Tolbiac. Cependant, ce dernier revenait assez peu souvent blesser. D’après les gens d’armes, le mousquetaire était la plus fine lame du royaume. Si Macha ne pouvait pas aller à l’encontre de ces dires, elle nuançait ces propos en rappelant que Tolbiac avait hérité de son père une botte secrète qui le sortait souvent des mauvais pas.

    Un des gardes, visiblement assez jeune et fraichement arrivé, s’offusqua de la manière dont la jeune femme parlait au blessé. Il ne se gêna pas pour le faire savoir.

    ‘_Comment osez-vous parler ainsi au sieur Enguerrand du Lyonnais, Vicomte de Coligny ?!’ Il tenait toujours sa rapière dans la main. Son compagnon, lui, avait  remis l’arme au fourreau.

    Macha leva un sourcil en signe de surprise. Puis elle se retourna vers Enguerrand.

    ‘_T’es vicomte toi ?’ s’étonna-t-elle.

    _Je ne te l’avais jamais dit ? Mais quel idiot je fais ! Excuse-moi.” Il se tourna vers le jeune garde. “Range moi cette épée tu veux ! Tu n’en auras nul besoin ici !”

    Le jeune homme obtempéra à contrecœur.

    _Rien de bien étonnant à cela, se moqua Macha. Car dans vicomte, comme dans comte d’ailleurs, il y a con ! »

    Son pic fit son effet sur tout le monde. Sauf sur le jeune impétueux qui n’en fut que plus offusqué. Il s’adressa alors à Enguerrand.

    « _Enfin monsieur, comment pouvez-vous laisser cette cul-terreuse vous parler ainsi ! »

                Personne ne dit rien. Tous, ou presque, savaient que le jeune homme venait de prononcer la phrase de trop. Le second garde, qui ne connaissait pas personnellement Macha, avait eu l’occasion de la voir à l’œuvre lors de l’attentat contre le Roi et Richelieu. Il avait vu comment elle avait remis à sa place le mousquetaire Tolbiac et Sagamore, le bras droit de Gaston d’Orléans. De plus, les récits la concernant allaient bon train. Il n’avait donc rien osé dire.

    « _Une cul-terreuse ? » répéta Macha faussement amusée.

    Il est vrai qu’avec sa chemise de lin, elle avait bien moins de prestance que lorsqu’elle avait celle de soie. Sans oublier que son corset ajoutait de la noblesse à son allure. N’ayant ni l’un ni l’autre, avec son bandeau qui ornait sa tête, on aurait presque pu le prendre pour une paysanne sortie de son trou. La balafre qui serpentait sur la partie droite de son visage lui faisait aussi perdre en respectabilité. Généralement, c’était les gens peu recommandables qui arboraient ce genre de marque. Et si on ajoutait à cela ses allures hommasses, Macha n’avait pas grand-chose de respectable.  

    Un sourire froid apparut sur son visage. Puis, sans crier gare, elle saisit le jeune garde par le col et par sa ceinture.

    Surpris par la poigne de Macha, l’insolent ne se débattit pas.

    Sans ménagement, une expression de colère sur le visage, la « cul-terreuse » passa le malheureux par-dessus la rambarde la mezzanine. Celui-ci s’étala à quelques centimètres du comptoir dans un cri de douleur.

    « _La prochaine fois, gamin, retient tes paroles ! »

    Quand elle se retourna vers le reste du groupe. Un silence de mort régnait dans la pièce. Seuls les gémissements qui provenaient du rez-de-chaussée le brisaient. Encore ne fois, Macha venait de démontrer qu’elle avait un épouvantable caractère et qu’elle n’était pas du genre à se laisser faire. Cependant, ses excès de violence n’étaient pas du gout de tous. 

    Le Toulousain fut le premier à parler. Il commença par envoyer Tolbiac et le second garde voir  le jeune homme. Si ce dernier s’était cassé quelques choses dans sa chute, il s’en occuperait. Un ou deux blessés, cela ne faisait aucune différence pour lui. Il roula des yeux en disant cela. Le comportement agressif de Macha ne semblait plus guère l’étonner.

    « _Bon sans Macha ! Les mousquetaires nous amochent assez comme ça sans que tu passes nos nouvelles recrues par la rambarde. Aïe.

    _Ho, s’il est costaud, ce sera plus de peur que de mal. Et puis, au moins, il se souviendra de cette leçon de politesse, ironisa cette dernière.

    Les deux hommes, médecin et blessé, roulèrent des yeux.

                Effectivement, hormis une lèvre fendue et quelques hématomes, le jeune homme n’avait rien.

    « _En tout cas, tu nous as manqué ! Te voilà à peine revenu que tu as réussi à te moquer des ducs et des comtes et que tu as éjecté un garde du cardinal… se moqua Tolbiac.

    _Pour une fois que c’est moi qui mets un peu d’agitation dans cette maison ! s’énerva Macha. _Allons rien de méchant” se rattrapa immédiatement le mousquetaire. Il ne voulait pas essayer le vol plané.

                Les gardes du cardinal, voyant que leurs camarades étaient dans de bonnes mains, décidèrent de rentrer à leur caserne. La nouvelle recrue se montra même plus qu’empressée. Pendant tout ce temps, Margot avait observé les choses sans rien dire. Ah, Macha. Quelle femme de poigne. Secrètement, elle espérait un jour devenir comme son amie. Cette femme savait se faire respecter des hommes. Cependant, il y avait des choses que l’enfant ne comprenait pas, comme sa violence contre Tolbiac ou encore son étrange affection pour Sagamore, cet homme mauvais…

    Le Toulousain mit plus de temps à soigner Enguerrand qu’il ne l’avait estimé, car les blessures étaient profondes. Quand il eut fini, l’heure de manger était passée depuis bientôt longtemps. La garde, épuisée, ne souhaita pas prendre part au repas et monta directement dans sa chambre, avec l’aide de Tolbiac.

                Une fois un gros encas prit, l’apothicaire demanda aux deux demoiselles si elles voulaient bien aller au marché pour faire quelques achats. Le jambon à l’os avait disparu et il ne restait du pain que quelques miettes.

     

     

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

    *voir “Macha : Le Diadème d’argent”.

    ** voir “Macha : La secte de l’Horloger”.

     

    Pour une lecture plus souple, j'ai fais de nombreux  paragraphes qui ne sont en fait pas présent dans le texte original.

     

    Les premiers chapitres des trois premiers épisodes "Le Diadème d'argent" , "Scandale au Louvre" et "Le Secte de l'Horloger "sont publiés sur le blog.

    Les deux premiers épisode et le début du troisièmes sont sur Plume Imag'in Air.

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