• Le Corbeau

    Un jour, alors que je m'avais rien à faire (holà, c'était il y bien longtemps), je me suis amusée à transcrire le poème de d'Egar Allan Poe "The Raven" en une courte nouvelle.

    Pour cela, je me suis aidée des traductions de Baudelaire et de Mallarmée.

    J'espère que les lecteurs pardonneront mon audace...et les fautes d'orthographes ....

     

     


     

    Le Corbeau.

     

    Un soir, par une lugubre nuit d’un décembre glacial, une tempête s’abattit sur un sombre manoir. De chacune de ses anciennes pierres suintaient des pleurs qui se mélangeaient aux funestes flocons de neige.
    Seule, une fenêtre affichait une faible lumière. Les rideaux de soie pourpres laissaient passés les lueurs que dégageait chaque tison dans une cheminée bien plus ancienne que la demeure elle-même. Dans cette triste chambre, l‘ombre d‘un fauteuil se dessinait. Un homme, les cheveux brun en bataille, somnolait au dessus d’un ancien volume d’une très vieille doctrine aujourd’hui oubliée. Il reposait sur un siège à cousin de velours violets. Des livres de toutes sorte parsemaient ses pieds, d’où l’homme avait vainement tenté de mettre en sursis sa tristesse. Doucement, il essayait de garder la tête haute, mais le sommeil semblait avoir raison de lui. Le malheureux ne souhait point rejoindre le monde des rêves, de peur d’y voir celle que les anges nommaient Lénore. Il espérait secrètement voir venir le matin.

    Soudain, il entendit un tapotement, presque inaudible, un peu comme quelqu’un qui frappe à la porte. Ce léger bruit empêcha Morphée de le prendre dans ses bras.
    « _Cela doit être quelque visiteur qui frappe à la porte de ma chambre. Cela ne peut rien être de plus. » se murmura-t-il.
    Son cœur battait fort. Le tapotement et les fins bruissements des rideaux, soufflés par les caresses du vent qui pénétrait par la vielle fenêtre, l’avaient empli de terreurs fantastiques, inconnus pour ceux qui ne se trouvaient pas au seuil de la Mort et du Désespoir.
    Le tapotement se refit alors entendre.
    C’est doucement qu’il se leva de son siège, et lentement, encore aux prises avec le sommeil, s’approcha de la porte de sa chambre.
    « _Monsieur, ou Madame » dit-il « Je vous pris de bien me pardonner. Mais je m’endormais et vous frappiez si doucement à la porte que je n’étais pas sûr qu‘il fût réel. »

    Il ouvrit alors la porte : ce ne fut que les ténèbres.
    L’homme fut étonné de n’y voir personne. Son regard se pencha sur le sombre couloir qui menait à sa chambre. Il se mit à penser de choses que personne n’avait osé penser jusqu’à maintenant. Une crainte, un doute l’envahit. Le silence ne fut brisé que lorsqu’il se risqua à chuchoter un nom, celui que son cœur pleurait : Lénore. Mais ce ne fut rien de plus que l’écho du lugubre couloir qui lui répondit.
    Refermant la porte de sa chambre, il entendit de nouveau le tapotement, mais cette fois, plus fort que le premier.
    « _Sûrement qu’il y a quelque chose à ma fenêtre. »
    L’homme patienta un instant que son cœur redevienne calme, puis alla découvrir quel mystère se trouvait à sa fenêtre.
    Il poussa le volet. En même temps qu’une bourrasque de vent accompagnée de flocon de neige, entra dans la pièce un majestueux corbeau digne des anciens jours, dans un tumultueux battement d’aile. C’est sans hésitation, avec la droiture d’un lord ou d’une lady qu’il se percha sur un buste de Pallas, au-dessus de la porte de la chambre. Il s’y installa, et rien de plus.
    L’homme esquissa un sourire. Son imagination l’y poussant à cause de la gravité du maintien et la sévérité de la physionomie de cet oiseau d’ébène.
    « _Bien que tu n’ais ni huppe ni cimier, tu n’es pourtant pas un poltron, Ô ancien et lugubre Corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis moi donc quel est ton seigneurial nom, venu des rivages de la nuit plutonienne. »
    Le corbeau dit alors : « Nevermore* »

    C’est l’émerveillement qui prit possession de l’homme. Émerveillé par le fait qu’un aussi disgracieux oiseau puisse être doté aussi facilement de la parole. Mais sa réponse de lui ne fut pas d’un grand secours et ne semblait avoir aucun sens. Aucun homme vivant n’avait eu l’occasion d’avoir un si sinistre oiseau, perché au dessus de la porte de sa chambre, portant le nom de « Nevermore ».
    L’animal ne dit plus aucun mot ni ne remua une plume, jusqu’à ce que l’homme se mette à lui parler à nouveau.
    « _D’autres amis se sont déjà envolés avant moi. Toi aussi tu me quitteras lorsque le matin apparaîtra Et tu t’envoleras comme mes anciennes espérances. »
    Le Corbeau répondit alors.
    « _Nevermore. »

    La réponse fit tressaillir son auditeur tant elle avait été jeté avec à-propos.
    « _Sans doute, » pensa l’homme « qu’il prononce ce qu’un infortuné maître lui a appris, et que le Malheur l’a impitoyablement poussé sous mes fenêtres en ce sinistre jour. »
    Un sourire s’esquissa de nouveau sur son visage. Il tourna son siège à coussins de velours vers la porte de sa chambre, pour pouvoir contempler cet étrange invité. S’assaillant profondément, il se mit à enchainer les idées, cherchant à savoir ce que cet augural, disgracieux, sinistre, maigre oiseau voulait lui faire entendre avec son « Nevermore. »
    Sa tête reposait sur un coussin. Il regardait le Corbeau dans ses yeux brillant des reflets des tisons de la cheminée. Mais il ne lui adressait plus un mot, pas une syllabe.
    Alors, il lui sembla que l’air s’emplissait de l’odeur d’un encensoir invisible que balançait de majestueux Séraphins, dont les pieds frôlaient le tapis de la chambre.
    « _Infortuné ! » s’écria-t-il  «  ton Dieu t’a envoyé par ses anges de quoi oublié cette Lénore perdue ! Bois, oui bois cet népenthès** »
    Le Corbeau répondit alors : « Nevermore ».

    « _Prophète, être de malheur ! Oiseau ou démon ! Mais toujours prophète ! Que tu sois en envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté; dis moi, sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis le moi, je t’en supplie ! »
    Le Corbeau répondit : « Nevermore ».
    L’homme se leva de son siège, les yeux mêlés de larmes et de colère. Il s’avança vers le sinistre et lugubre oiseau.
    « _Prophète, être de malheur ! Oiseau ou démon ! Toujours prophète ! Par ce ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les archanges nomment Léonore ? »
    Le Corbeau répondit : « Nevermore ».

    « _Que ta réponse soit le signe de notre séparation ! Oiseau ou démon ! Retourne dans la tempête qui te mena à moi, vers les rivages de ta nuit plutonienne ! Ne laisse pas une seule de tes plumes noires ici, comme le mensonge que ton âme a proféré ! Laisse ma solitude intacte ! Quitte ce buste au-dessus de ma porte ! Arrache ton bec de mon cœur et prend cette tristesse loin de mon cœur ! »
    Le Corbeau répondit : « Nevermore ».
    Le sinistre volatile, toujours installé sur le buste de Pallas au dessus de la porte de la chambre, a les yeux du brillant d’un démon qui rêve. La lumière des tisons coule vers lui, projetant son ombre sur le plancher. Hors du cercle que dessine cette ombre, un homme resta là immobile sur le sol. Et son âme, perdue dans la tristesse, ne s’élèvera jamais plus.

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 18 Février 2011 à 12:00
    Un exercice intéressant, même si j'avoue n'avoir jamais rien compris à ce poème. XD Ta nouvelle m'aura au moins permis de l'appréhender un peu mieux... Bien que la fin reste toujours aussi hermétique à mes yeux. ( J'dois pas être initié. )
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