• La fin

    Et voila ma petite nouvelle pour l'ATI du forum Autres Mondes. Le thème de cet ATI était Glaces Galactiques et l'Infini Intersidéral. J'ai eu des avis qui me disait que c'était court et que ça manquait d'approfondissement, mais c'est limité à 6000 signes (espaces compris).

     

    Bonne Lecture.

     


    La fin

     

        Hope vient de s’éteindre. Je suis donc la dernière survivante.
    Je ne me sens pas la force d’évacuer son corps. À quoi cela servirait donc ? Cela fait longtemps que j’aurai pu être une arrière-grand-mère si mes enfants avaient vécu. Je vais donc la laisser dans cette chambre. Ce sera son ultime tombeau.
    D’un certain côté, ma vieille amie est chanceuse. Moi, je me retrouve seule, dans cet immense vaisseau vide, dans cette ville spatiale vide, qui avait pour but de nous conduire sur une nouvelle planète. Malheureusement, cette mission ne sera jamais accomplie.
    J’étais une adolescente quand notre voyage s’arrêta brusquement. Les savants qui avaient organisé ce formidable exode, ce début de colonisation universelle, n’ont pas été assez brillants pour prévoir l’impensable. Sûr d’eux, ces derniers n’ont pas été en mesure de considérer l’espace, l’univers infini, comme une route sans risque. Il fut un temps où les automobilistes savaient qu’un danger pouvait surgir du bas-côté. Mais pour les scientifiques, il n’y avait aucune chance pour qu’un obstacle surgisse sur notre voix. Quelle erreur !
    Mes parents, tous jeunes adultes, avaient été les « chanceux » à prendre place dans cette aventure qui devait permettre à l’humanité d’entrer dans une nouvelle ère, celle de la conquête de l’Univers ! Ce dont des auteurs de romans ou des cinéastes avaient rêvé, les savants le réalisaient. Je n’ai donc jamais connu la Terre, cette mère patrie dont j’avais tant entendu parler à l’école et mes parents. Je suis née et j’ai toujours vécu dans cet ogre technologique, ce vaisseau de l’Avenir. Moi, je devais être celle qui donnerait naissance à une nouvelle humanité, sur une planète sœur. Cela était convenu dès le départ : ceux qui partiraient avaient peu de chance d’arriver à destination, tant ce voyage était long. Ce serait leurs enfants qui auraient à remplir cette mission colonisatrice. Mais le jeu en valait la chandelle. C’était sans compter ce drame ! Cet obstacle sur le bord de la route.
    Je devais avoir quinze… ou seize ans, quand notre ville spatiale fut percutée par un titanesque bloc de glace. Non, cela ne convient pas, c’était plutôt une mer gelée galactique ! Les savants n’avaient pas prévu que des objets stellaires de cette taille pouvaient se mouvoir ainsi dans l’immensité vide. Porter par des vents cosmiques, cette immensité s’était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, celui où nous passions justement par là.
    Ce fut le premier drame qui endeuilla notre communauté puisqu’une partie du vaisseau a été broyé et que des milliers de personnes ont été aspirés par le vide extérieur. Je ne suis jamais allée dans cette partie de la ville, mais certains disaient que des corps avaient été immédiatement pris dans les glaces et que l’on pouvait toujours les voir.
    Cette collision fut aussi une catastrophe, car elle avait détruit l’endroit où se trouvaient tous les moyens de communication, ceux qui devaient nous permettre de joindre la Terre une fois arrivée et ceux pour notre usage personnel sur notre nouvelle planète.
    Mais cela aurait pu paraitre anecdotique comparé à la tragédie dont nous fûmes toute victime, mettant ainsi un terme à notre rêve de colonisation. Notre vaisseau se fit prendre dans les glaces. À l’image des explorateurs des pôles Nord et Sud, notre voyage s’achevait ainsi. Sauf qu’ils ne nous étaient impossibles de fuir cette épave gelée.
    Prisonnier de cette mer de Glace, notre ville se mit peu à peu à dévirer de sa trajectoire. Nous ne faisions plus qu’un avec cette mer, condamnée à errer dans le vide de l’Univers. J’avais près de quarante ans quand je saisis que cet endroit serait ma tombe. Jamais de ma vie je n’aurais pu connaitre une terre… D’autre l’avait compris et accepter avant moi, ce qui entraina nombre de drames personnels et collectifs. Certains se suicidèrent, gagnés par le désespoir. D’autres, pris de folies, décimèrent à coup de poison, d’armes et de mot les esprits les plus fragiles. Si bien que notre population diminua rapidement.
    Ils avaient peut-être raison… De toute façon, nous étions condamnés à mourir sur notre arche. Nous étions des Noé qui jamais n’atteindraient les terres émergées.



    Je regagne mon habitat. C’est un bout de couloir que j’ai aménagé une fois que le nombre de survivants fut si minime que notre ville était devenue inutile. J’ai choisi un endroit calme, un peu éloigné du lieu où les autres vivaient. Un long et épais rideau, cousu à partie de nombreux vêtements antifroids, me servait à la fois de porte d’entrée et de mur. Cela donnait un air vagabond à mon antre, un esprit bohémien. À l’intérieur de mon petit nid, il n’y avait guère plus qu’un lit, un fauteuil, une vague cuisine ainsi que le nécessaire pour se chauffer. Si j’ai choisi, c’est endroit, c’est à cause de l’immense baie vitrée. Je peux y voir l’Univers, avec une galaxie ou deux au loin, et les bras de glace qui enserrent le vaisseau. J’observe souvent, avec une étrange sérénité, cette étendu de vide qui s’offre à moi.
    Installé face à ce décor de rêve, je me demande ce qui va advenir de moi. Je vais mourir, de cela, je n’en doute pas. Mais que faire en attendant ce moment ? Je suis seule. Les animaux sont morts bien avant les humains.
    Je pourrais prendre des médicaments, ou me pendre, comme beaucoup l’ont fait. Mais je n’en ai pas le courage. Malgré un sort couru d’avance, j’ai envie de vivre. Drôle de sentiment, drôle de désire quand l’on est dans ma situation. C’est peut-être là un reste d’instinct, celui de vivre à tout prix. Ou peut-être est-ce une incroyable force vitale ?
    Quoi qu’il en soit, je suis la dernière.

    « Les commentaires de SalynaIl y a bien longtemps dans une galaxie lointaine... »

  • Commentaires

    1
    Lundi 21 Mai 2012 à 12:00
    Y'a quelques fautes d'inattention qui auraient mérité une relecture-peaufinage du texte... Mais c'est splendide ! Vraiment !
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