• Journal de bord

    Le forum Autres Mondes organisait un concours intitulé "Terreur Hivernale". Voilà donc ma participation.

    Je dois bien avoué que je ne suis pas une experte en terreur, ou même la peur pour aller au niveau en dessous. Mais j'espère, outre le thème, avoir fais un texte sympa. Bonne lecture.

     

     Ce texte a été le lauréat du concours Terreur Hivernale.



     

    Journal de bord du 08 Janvier 1877,

    Navire dans les glaces depuis trois jours. Equipage inquiet. Je fais de mon mieux pour les rassurer mais même le capitaine est méfiant. L’hiver arrive et s’annonce rude. Nous avons des vivres pour plusieurs mois. J’espère que la mer se dégagera bientôt.

    Température très basse. Elle nous agresse jusqu’à l’intérieur des cabines. 

     

    Journal de bord du 10 Janvier 1877,

    Une tempête arrive. Le vent froid fait pencher le navire sur le côté et fait vibrer les cordages. Les craquements de la glace sont effrayants. On pourrait croire que le bois va se fendre sous la pression. C’est une étrange symphonie que nous offre les conditions climatiques.  

    Equipage toujours inquiet.

     

    Journal de bord du 15 Janvier 1877,

    Cinquième jour de tempête. Un  mât menace de rompre. Blizzard épouvantable. Aucun marin n’a jamais rien vu de tel. En regardant par les hublots, j’ai l’impression de voir des ombres se mouvoir autour de la coque. Les cordes, sous l’effet du vent, semblent s’exprimer avec des voix venues d’ailleurs.

    L’équipage parle de spectres de marins morts en mer. Ils ont de plus en plus peur. Les superstitions sont très vivaces dans le monde de la navigation. Si la tempête n’avait pas fait rage, je pense que quelques marins auraient déjà déserté en volant des traineaux.

     

    Journal de bord du 17 Janvier 1877,

    Accalmie, enfin. Je me demande si elle est  la bienvenue. Lorsque nous sommes sortis sur le pont, des traces étranges serpentaient entre les mâts. Des marins se sont mis à prier. Ils y voient l’intervention du Diable. J’ai tenté de les rassurer. La neige a recouvert les flancs du navire sur plusieurs mètres et un phoque n’aurait eu aucun mal à se hisser sur le pont. Ou un ours au pire…Le froid est encore plus mordant que lors de notre départ. Si une seule partie de notre peau n’est pas couverte, nous sommes immédiatement brulés. Si la tempête ne se calme pas et que nous ne parvenons pas à libérer le navire des glaces, les choses risquent de devenir compliquées.    

     

    Journal de bord du 22 Janvier 1877,

    La peur me gagne. Chaque jour, les ombres se font de plus en plus humaines. Mais personne, même un Inuit, ne pourrait se mouvoir ainsi dans un froid. J’ai l’impression que l’on frappe à la porte de ma cabine, qu’il y a quelqu’un derrière.

    Première perte. Un marin a eu une crise de folie et est sorti sur le pont pour fuir. Aucune chance de survie à cause de la tempête. Les autres hommes sont sur les nerfs. Le capitaine peine a les calmer. Ils ne cessent de parler du Diable, de  punition divine…Le confinement, le froid, la glace et le blizzard vont finir par les rendre vraiment fous. Je redoute une mutinerie.

     

    Journal de bord du 27 Janvier 1877,

    Accalmie. Les hommes ont raison. Il y a quelque chose dehors. J’ignore ce que c’est, mais ils ont attaqué le navire. Les mâts ont été sciés, ma coque lardée de coup de couteau, le gouvernail brisé, les voiles lacérées. Certains marins ont cru distinguer des traces de pas un peu partout.

    Réunion de crise. Même si nous nous y mettions tous, nous ne pourrions pas dégager le navire. Nous n’avons pas le choix. Nous allons barricader les entrées et attendre que la tempête cesse.

    La peur règne dans le navire.

     

    Journal de bord du  01 Février 1877,

    Nouvelle bagarre dans le quartier d’équipage. Quatre morts. Nous ne savons pas quoi faire des corps. Nous avons trop peur de sortir. Elles sont toujours là : les ombres à formes humaines. Elles tapent sur la coque jours et nuits. L’équipage va devenir fou. Les tensions sont extrêmes. Je ne quitte plus mes quartiers de peur d’être tué par un marin prit de folie. Le capitaine ne tient plus ses hommes.

    Nous sommes coincés.

     

    Journal de bord du 08 Février 1877,

    L’air est irrespirable. Les morts, malgré le froid, commencent à se décomposer. Le capitaine et certains membres d’équipage ont dû attacher des marins. La folie gagne tout le monde. La peur nous écrase de plus en plus.

     Le capitaine est épuisé. Moralement, il va bientôt lâcher. Je ne donne pas cher de ma vie s’il craque. Je vis dans une angoisse permanente. A l’extérieur, il y a les ombres. A l’intérieur, il y a l’équipage.

     

    Journal de bord du 09 Février 1877,

    Horreur. Un marin a perdu la raison et a réussit à sortir. A peine avait-il mis le pied dehors qu’une ombre l’a happé. Mon dieu ! Il hurlait, elle aussi. Dieu nous vienne en aide.

    Nous avons lutté contre le blizzard qui s’engouffrait dans le couloir. Il fallait que nous refermions l’ouverture avant qu’elles ne pénètrent dans le navire. Certains hommes ont eu les bras lacérés. Ces choses se meuvent avec le vent.

    La panique règne. La peur…la terreur est notre lot quotidien. Elles tapent, inlassablement contre la coque. Moi-même je suis épuisé nerveusement.

     

    Journal de bord du 29 Février 1877,

    Dernier voyage ? Il ne reste plus que le capitaine, deux matelots et moi. Tous les autres se sont suicidés ou ont été tués par les ombres. Elles ont percé la coque puis se sont répandues dans les quartiers tel le blizzard. Enfermés dans la cabine, nous attendons la mort.

    Sous l’effet de la peur, nous ne cessons de nous agresser les uns les autres. Les choses vont mal tourner, c’est inévitable.

     

    Extrait du rapport concernant la découverte d’un vaisseau du XIXème siècle prit dans les glaces du Pôle Nord. Chapitre sur les conclusions du rapport d’autopsie sur les corps retrouvés à bord, 1999.  

     

    […] Une partie des hommes est morte par suicide. […] Les autres sont morts de froid.   […] ils manquent deux corps. Il est possible que deux marins aient tenté de regagner la terre par leur propre moyen. […]

    […] Sur les quatre corps de la cabine principale, deux ont été identifiés : le capitaine Mikhaïl Illich Ivanov et l’aventurier explorateur James Henry Croft, membre de la Société Royale des Sciences. […] les résultats démontrent que M. Croft a tué ses compagnons avant de se donner la mort. […] la lecture de son journal de bord fait penser que ce dernier était victime de démence et d’hallucinations.  

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