• Greta

    "Greta" est un nouvelle qui me tenait à coeur. Pourtant, malgré l'aide que beaucoup m'ont apporté, je e suis pas satisfaite de ma production. Malheureusement, je n'arrive pas à savoir ce qui va pas .

     

    Je tien à remercier Isaline, Marie-Danielle Merca, Andy, Caliope et Lydie Blaizot pour leurs corrections, leurs conseils et le temps qu'ils y passent pour faire tout cela.J'espère que je n'ai oublié personne.....(va se faire taper sinon....)

     


    Greta

     


                J’ai faim. J’ai soif. Y a-t-il une différence ? Chez  les humains, peut-être.

    Qu’est-ce donc que cette étrange sensation qui crispe ou tire ma gorge ? Ma bouche est sèche. Peut-être que cela est une matérialisation de ma soif ? Ou bien est-ce la terre, dans laquelle je me repose, qui assèche mes lèvres ? Quant à cette étrange faim, j’ignore d’où elle peut bien provenir, de mon estomac il ne doit rester  qu’un infâme organe pourri par la Mort.  Pourtant, ce nœud triture l’ensemble de mon être. Parfois, la douleur est si forte que j’aurai presque envie de régurgiter. Mais comment vomir ce que l’on n’a pas ? Tout mon corps appelle à recevoir de la nourriture, c’est comme si un aimant m’attirait.  

    Quoiqu’il en soit, il faut que je m’alimente. De la bave dégouline avec peine le long de ma mâchoire. Je sais que cette réaction est un signe, le signe. Il m’indique que mon corps nécessite sa dose d’aliment, de vie.

                J’entends le silence. Il fait nuit. Seuls les rats, les chauves-souris qui évoluent à l’extérieur brisent ce monde de non-bruit issu des Ténèbres.

    La terre de mon cercueil me procure un immense bien-être, une certaine chaleur qui me pousserait presque à rester blotti en son sein. Elle dissipe légèrement ce froid qui m’enveloppe perpétuellement. Mais cette étrange faim occasionne une gêne que je ne peux contrôler, contre laquelle je ne peux pas lutter.

    Lentement, sous la mélodie des craquements de mes os, je déploie mes bras morts, plaque mes longs doigts crochus contre le couvercle de mon cercueil, puis le pousse doucement, avec peine. Mon corps est complètement endurci, glacé.

    Ah, la Lune. Les doux rayons de l’astre de la nuit m’apportent une nouvelle tiédeur qui me donne une force renouvelée. La force de me dresser. J’aimerai enserrer cette délicate compagne qui m’assiste, me suit, m’escorte, me berce, chaque jour de ténèbres. Les humains vivent avec le Soleil, moi je vis avec la Lune. Je trouve cela presque ironique : la Lune est si belle pour illuminer d’aussi sordides et macabres desseins.

    Les bras tendus, la force lunaire me tire hors de ma terre revigorante. Une fois dressé, la faim torture mes entrailles. Mon corps engourdi craque à chaque mouvement. Je suis crispé. Le froid que je ressens contracte l’ensemble de mes muscles. Hors de ma terre et sans nourriture, je suis dans l’incapacité de me mouvoir correctement, comme un être vivant normalement constitué.

    Je jette un œil alentour. Personne ne se risque à venir dans ce hangar en ruine. Cela offre une cache parfaite pour mon cercueil, ainsi que pour les caisses de terre de mon pays. Je ne risque pas d’être déloger par des intrus malveillants. Avant de partir, je referme avec soin ma dernière demeure.

     

                La traque, la chasse…la prédation.

    La faim me tenaille, mais il serait idiot de se jeter sur la première proie qui se présente. Je ne suis pas un animal enragé se ruant sur tout ce qui bouge. C’est de me nourrir que j’ai besoin. Pas de me blesser, de me fatiguer ou de me faire tuer. La sélection de la cible est une tâche complexe. Les humains pensent que les animaux dévorent la première chose qu’ils croisent. Grossière erreur ! Je suis un prédateur spécialisé. Je me nourri que d’un seul type de proie : les humains. Seul leur sang m’apporte les nutriments essentiels à ma survie.   

    La victime se sélectionne selon divers critères.

    Le premier, l’abondance, est assez facile à remplir dans mon aire de chasse, Londres.  Peu importe l’heure, il y aura toujours un humain dehors dans un endroit favorable pour le piéger. Dans mon pays natal, je devais souvent me contenter de prendre ce que je trouvais, la population fuyait mon territoire de chasse. Je peux me permettre de faire un choix préférentiel en fonction de mes gouts.

    Le deuxième point est sa physionomie. J’ai la force de dix être humains, il est donc très aisé pour moi de me saisir d’un homme plus grand, plus lourd. Mais la dépense énergétique serait bien trop grande par rapport au rendement que cet être me procurerait. L’apport et le déficit d’énergie est au cœur de cette traque. Prenons, par exemple, un homo sapiens primitif : tuer un lapin ou un poulet lui coute bien moins d’énergie que chasser un bison. Mieux vaut donc sélectionner une proie de taille et poids moyens.

    Enfin, la facilité d’accès et de saisie de la cible. L’environnement est primordial. Une ruelle sombre, étroite et vide me permet plus facilement d’abattre sa victime. Une place bondée très éclairée présente plus de risque. Ensuite, une proie fatiguée, affaiblie est plus vulnérable. Les individus en pleine santé sont plus réactifs. Aussi étrange que cela puisse paraitre, la tenue de la victime est aussi importante. Un col roulé ou trop remonté gêne pour la saisie du cou et de la veine, un manteau peut facilement être délesté et permettre à la proie de fuir.

     

                Les nuits sont glaciales longues. L’hiver et l’automne sont des périodes propices pour la chasse. Les autres saisons ne sont que des périodes d’angoisse où le Soleil me menace. Mon temps de prédation étant diminué par son cycle.

    Mon corps ressent les morsures du froid, mais cela ne vient pas de l’extérieur. Tout mon être n’est d’un bloc gelé. Il me fait atrocement souffrir. La Lune ne fait que renforcer cette sensation. Les crispations ne me quittent pas. Je souhaiterai que la chaleur de ma terre et de l’astre restent en moi. Les bras rabattu contre ma poitrine, les mains l’une sur l’autre, je quitte mon refuge. Je dois trouver de quoi manger.

    Les rues des quartiers pauvres de Londres sont riches en proies potentielles. A la différence des zones où les sangs nobles évoluent, personne ne se posera de questions si un individu  disparaît ou meurt. Atout bien précieux pour ma chasse. La Lune se dissimule, comme pour me cacher, derrière d’épais nuages noirs. 

    A l’heure où les hommes s’alcoolisent, fument de l’opium, courtisent des femmes de petites vertus, se battent, je me faufile parmi la populace sans que ceux-ci ne me remarque. Parfois, certains se retournent, intrigués ou effrayés par la laideur de mon visage moribond. Pourtant, mon haut col masque une large partie de ma face, dissimulant mes longs crocs.

    Les proies passent. Ici, un ivrogne dans le coma dans le coin d’une ruelle. Il est jeune et de forte carrure. Il aurait pu me fournir une forte dose de sang, sans que j’aie besoin de dépenser la moindre énergie. Mais mon odorat m’indique que le taux d’alcool qui circule en lui est trop élevé. Cela risquerait de me nuire. Aussi étrange que cela paraisse, les toxines ou les maladies de mes victimes passent aisément dans mon organisme. Les effets ne sont pas toujours les même car mon corps est mort. L’ivresse peut m’handicaper pendant plusieurs nuits.

     Là, une prostitué qu’un homme saoul a massacré après avoir eu ce qu’il voulait. Proie facile, affaiblie par les coups et la peur. Seulement, la syphilis qu’elle porte n’en fait pas un aliment de premier choix.

    Plus loin, un homme sain de stature moyenne, fatigué par une journée de labeur, marche tranquillement. Un repas potentiel. La perspective de sang me fait saliver. Le nœud dans mon ventre  me torture. Je le suis, discrètement, dans l’espoir qu’il passe dans un endroit propice pour l’attaque. Malheureusement, il rentre dans un bar. Il me faut trouver une autre proie.

     

                Après quelques heures de recherche et de traques infructueuses, je croise le chemin d’une jeune femme qui ferait un repas parfait. Elle n’a pas vingt ans, elle est saine mais très affaiblie pas des heures de travail dans une usine. Sa force physique n’est pas excessive. De plus et malgré les salissures de son visage, elle est jolie. Ha, c’est un petit plaisir supplémentaire quand je peux m’abreuver sur le corps d’une belle femme. C’est un régal pour le corps et les yeux. Chaque fois que j’en meurtrie une, j’ai la sensation de me venger de celle qui à causer ma perte. Combien d’homme comme moi sont tombés à cause de la perfidie des femmes. Combien de femmes sont tombées pour le désir animal d’un homme ? Finalement, nous ne somment si différents que cela. C’est toujours un être cher animé par de mauvaise attention qui nous tue.

    Comment ai-je pu en arriver là ?  Je ne me souviens plus. C’est arrivé il y a si longtemps. Je me souviens juste que c’est elle qui a fait de moi un buveur de sang. J’aurai aimé lui lacérer le cou de mes ongles griffus, la voir souffrir. Puis rendre son dernier souffle en me suppliant de l’épargner. La Mort aura été plus généreuse avec elle qu’avec moi.

     

    La traque peut commencer. Je vais la suivre, discrètement. Elle finira bien par arriver dans un environnement qui me sera favorable. Mon seul désir est qu’elle ne parvienne pas jusque chez elle. Il m’est impossible d’entrer dans une demeure si personne ne m’y invite.    

    Tandis qu’elle avance, sans se douter de ce qui va lui arriver, je l’étudie plus en détail. Les odeurs qu’elle dégage m’indiquent de nombreuses choses. Elle sent l’huile et la graisse d’usine. Les machines alimentées par le charbon laissent également une empreinte sur ses vêtements miséreux.

    Ah, les bienfaits de l’ère industrielle ! Les humains deviennent faibles et s’aliènent. Leurs esprits sont bien moins prompts à se méfier des prédateurs de mon genre. Cela m’arrange que la société forme des idiots incapables de réfléchir.

    Outre les odeurs artificielles, elle dégage aussi des parfums humains. Son travail doit être dur, l’âpre senteur de la sueur émane de sa chair. Il y aussi des relents d’hommes, des phéromones. Ils sont sur son cou, sur ses épaules. Je pense que le patron ou contremaître doit avoir quelques envies animales que ma proie ne semble pas vouloir partager. Dans ce monde de misère, j’ai pu remarquer que les humains pouvaient se montrer bien plus bestiaux que des créatures de mon espèce. C’est moi que l’on traite de monstre ? J’ai vu tellement d’homme se laisser mener par leurs instincts en prenant des jeunes et jolies femmes par la force, puis les accuser de les avoir séduits. Minable créature. Ils les traitent de catins, les méprises. Mais ce sont eux les coupables, ces consommateurs de chairs humaines.

                La faim se fait pressente. Quoi qu’il en coute, je dois me saisir de cette demoiselle. Errer sans succès m’a fatigué, la nuit avance vite. Après l’avoir dégusté, je dois retourner à ma tanière. Le parfum de ma proie, l’envie de sang, m’enivre. La Lune se fraie un chemin parmi les nuages. Les rayons illuminent le visage enfantin de ma victime. Quelle est belle. Cette dégustation sera des plus succulents.

    Enfin, une occasion se présente ! Elle se faufile dans une étroite ruelle. Les becs de gaz, peu vigoureux, éclairent seulement le carrefour. Grace aux rayons de ma compagne céleste, je vais pouvoir déployer mon ombre pour la stopper. Comme cela, je n’aurai plus qu’à me glisser derrière elle. Malgré les crispations, je déploie mes longues griffes pour lancer mon simulacre.

               

                Non ! Des hommes s’attaquent à ma proie ! Faut-il que je renonce ? Je souffre, une crise d’hypersalivation me brule mâchoire. Rester, attaquer, manger ou partir, errer traquer ? Tous les muscles de mon corps se contractent. Mon esprit se disloque. La faim, la soif. Le sang.

    Deux hommes à massacrer. Deux humains supprimés sans que cela n’apporte d’énergie, ni de nourriture. Ce sont de rudes gaillards. Je pourrais facilement tuer le premier et m’attaquer au second. Mais ce dernier pourrait m’opposer une forte résistance. S’il parvenait à s’échapper, j’aurai perdu énormément de force et mes repas. Je ne puis me nourrir des morts. Ils sont forts, puissants. Les attaquer de front relève de la folie ! Je me sens si faible. Ce ne peut pas m’être profitable ! Que faire ? Je dois agir avant qu’il ne détruise ma si belle victime. Je tourne mes yeux vers la Lune, elle me souffle son pouvoir.

    C’est MA proie, je me battrai pour l’obtenir.

     

                Grace à mon ombre, je me saisi de la demoiselle pour la protéger ces coups des brute. S’ils la blessent, elle perdra son fluide vital et moi ma nourriture. En un clignement de paupières, je me dresse derrière le premier agresseur. Malgré mes doigts crispés, je saisi sa tête et lui brise le cou. Le second ne put réagir que je le soulevais déjà à plusieurs centimètres du sol. Il finit écrasé contre le mur d’une maison, le corps disloqué par la violence du choc.

    Une nouvelle vague d’hypersalivation me gagne. Lentement, je me retourne vers ma proie. J’ai l’impression d’être une machine moderne en manque de graisse. Mes bras sont durs comme du roc et forment une demi-lune. Je ne peux pas les ramener près de moi. Ce bref affrontement à courbaturer mes membres.

     

                Elle me contemple depuis le sol où elle git. Des larmes coulent le long de son beau visage. Un mince filet de sang serpente sur son délicat menton. La salivation reprend. Ses yeux me perturbent. Mes victimes ont toujours de la peur, de la frayeur dans leurs regards quand je m’apprête à leur ôter la vie. Certains me supplient quand ils en ont la force, quand leurs cordes vocales ne sont pas bloquées par l’horreur.  

    Mais elle, ses yeux brillent ! Est-ce les reflets de la Lune qui donnent cet effet ? Non, il y a autre chose : elle sourit. Me prendrait-elle pour son sauveur ? Oui, c’est ça ! Cachez dans l’ombre, elle ne peut percevoir ce que je suis vraiment, un prédateur près à frapper, la faim comme motivation. D’un pas irrégulier, je m’approche. La lumière lunaire révèle mon visage déformé par l’envie de lui sauter à la gorge. Son regard ne change pas, bien au contraire, il s’illumine.

    Un sentiment de mal être me gagne …Quelle est donc cette créature aux yeux luisants qui me regarde avec autant d’avidité que les miens. Voilà qu’elle me tend les bras. Son sourire ne s’efface pas, il s’élargie. Comment une proie peut-elle ainsi réagir ? N’importe quel humain, ou animal, aurait tenté de fuir, de sauver sa misérable vie sans intérêt. Alors pourquoi ? La faim continue de me détruire. Cependant une force nouvelle, que je ne connaissais pas, me pousse à ne pas satisfaire cette envie. Je n’ais pas le souvenir d’avoir jamais éprouvé une telle sensation. Au lien de la faim, c’est un sentiment de protection qui commande. Je ne comprends pas. Je me sens divisé par deux forces opposées. Que faire ? Quel désir assouvir ?  

    J’entends sa voix. Elle m’appelle, me remercie. C’est du bonheur et de la gratitude qui sortent de ces lèvres ensanglantées. Ses bras m’incitent toujours à la rejoindre. Serait-il possible que je sois en train de rêver ? Aucun songe n’a accompagné mon repos depuis des siècles. Non ! C’est la réalité. La soif est trop persistante.

     

                La Lune l’éclaire. Jamais encore mon inséparable compagne n’avait ainsi mis en valeur une seule de mes victimes. Les rayons lumineux semblent bien pâles en comparaison de sa beauté. Ses cheveux sont aussi sombres qu’un nuage de pluie. Ses traits sont dignes des plus belles Vénus.

    Je m’approche. Quand elle se trouve à mes pieds, c’est toujours le même bonheur qui émane de tout son être. Je comprends alors : elle est heureuse d’être ma victime, elle souhaite disparaitre. Une suicidaire. L’usine, les hommes, la pauvreté. Bon motif pour se donner corps et âme.

    Quand je pose mes mains griffues sur son cou et son visage, une chaleur nouvelle, que j’ignorai, pénètre en moi. Jamais encore une chose pareille ne s’était produite. La chaleur avait toujours eu pour source le sang, jamais la peau. Cette fille n’est pas normale. Ce n’est pas un humain ordinaire. Avec mes mains raides, je caresse ses joues, son front. La tiédeur est partout. Je la dévisage un instant. J’aimerai comprendre cette anomalie. Mais je ne le peux pas. Tandis que je lui tiens sa petite tête d’enfant, la tiédeur se diffuse dans mes poignets puis dans mes avant-bras. 

    Je l’aide à se relever. Ses yeux reflètent la lune, ils brillent toujours ; son sourire semble encore s’élargir. Cette chaleur anormale émane de tout son être. Cela m’apaise. Je la sens entrer en moi, elle apaise ma faim, ma soif. Jamais la terre de mon cercueil ou mon amie céleste n’avait réussit à provoquer un tel soulagement. Comme cela m’apaise. Cette sensation ressemble à une caresse du soleil. Oh, j’ignorais que je me souvenais de ce bien-être.

    Doucement, comme si elle avait perçu mon malaise, la belle se blottit contre moi. La douceur étrange de son corps pénètre l’ensemble de mon être. Je la serre contre moi, la chaleur me relaxe. L’ensemble de mes muscles perpétuellement crispés se détendent. Depuis que je suis mort, cela n’était jamais arrivé.

    Quel plaisir ! Quel bienfait ! Je me sens en paix pour la première fois depuis des siècles. Je ne sais pas comment cette enfant peut produire cela, mais il ne faut pas que je lui ôte la vie. Il faut que je la conserve, que je l’a mette à l’abri. Je veux que cette chaleur continue à me soulager.

    Je lui demande son nom.

                « Greta ».

       

     

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