• Dracula (biographie)

    "Dracula" est une biographie de Matei Cazacu.

     

    Résumé :

    « Dans ce Dracula passionnant et formidablement documenté que livre Matei Cazacu, les images défilent sans se brouiller : voïévode audacieux ou tyran sanguinaire, héros de la guerre aux Ottomans ou... vampire romantique. » Le Monde

    Dracula, prince des vampires pour Bram Stocker et les cinéastes hollywoodiens, et chef militaire pour les historiens, fut aussi un tyran sanguinaire pour ceux qui manipulèrent son image au gré des intérêts politiques. Si l'on sait que Vlad III, un prince médiéval connu sous le nom de « l'Empaleur », a bien existé, les interprétations à son sujet sont aussi variées que peuvent l'être celles qui entourent les mythes : où finit l'histoire, où commence le roman ?

    S'appuyant sur des documents d'époque, cette première biographie historique de Dracula dévoile les multiples facettes de cette figure du XVe siècle, personnage complexe et mal-aimé de l'histoire.

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    Avis :

    Ce livre est très intéressant, mais il est assez dur à lire.

    Il se partage en plusieurs parties. La première conserve principalement Vlad Tepes (Dracula) et son père Vlad Drakul (Drakul). Car pour comprendre dans quelle condition Dracula accède au pouvoir et sur quel territoire, il faut appréhender le règne de son père. Ensuite, il y a une partie pour savoir si Tepes a été un grand roi ou un tyran, car selon que l’on soit en Roumanie et en Europe de l’Est ou que l’on soit en Europe de l’Ouest (pour faire en simplifier) la perception de ce personnage n’a pas été la même. Enfin, la fin du livre évoque comment Stoker a « découvert » Dracula et comment il l’a « façonné » pour son livre, ainsi que toute une partie sur la perception des vampires dans les Carpates (à ce sujet, je vous conseille de livre de Ioanna Andreesco, où sont passés les vampires ?)

    Le livre comporte d’ailleurs des annexes très fournies avec des traductions de textes importants. Sans oublier une bibliographie classée par thème.  

     

    La première partie est assez dure à appréhender. Le contexte historique est très compliqué à cause de tous les liens de « féodalité » qui régit la Roumanie, les liens avec les Ottomans et les histoires de familles. À titre d’exemple, l’auteur explique que les fils des voïévodes, légitime ou illégitime, peuvent tous réclamer la place de leurs pères. Je ne vous raconte pas comment ça se bastonne.  De plus, au sein de la Roumanie, il y les territoires (Valachie, Moldavie, Transylvanie), les villes, les peuples, etc. Du coup, il est très dur de comprendre les liens entre tous les acteurs de l’Histoire. Sans oublier les guerres entre monde chrétien et monde ottomans, ainsi que les guerres de successions européennes qui influent sur l’histoire de la Valachie et de ses souverains.

    Cependant, je peux que l’auteur est parvenu à faire une synthèse la plus claire possible de l’ensemble des éléments des firent l’histoire de Vlad père et fils. La plume de l’auteur n’est d’ailleurs pas dénuée d’humour, ce qui allège parfois la lecture.

    Cazacu livre, à mon avis, un travail d’historien de bonne qualité, car il n’hésite pas à dire quand il existe des lacunes, à signaler que ses réflexions se font à la lumière des connaissances actuelles et que des dernières pourraient évoluer changeant ainsi ses interprétations. Il présente également différentes visions de certains événements, en précisant laquelle lui parait la plus probable (toujours en se justifiant). Enfin, il cite de très nombreuses sources.

     

    La partie suivante nous propose d’essayer de savoir si Dracula était un véritable tyran sanguinaire ou un grand souverain. Cazacu tente d’analyse les perceptions des contemporains de Tepes. On se rend vite compte que la manière dont ce personnage est évoqué n’est jamais sans arrière pensée « personnel » ou politique. Ce qui peut se comprendre aisément vu les contextes historiques : soit on cherche à s’attirer les grâces de quelqu’un, soit on essaye de se débarrasser de ses adversaires. Dracula étant un « petit seigneur », il est un pion de plus puissant (aussi bien européens qu’ottomans).

    L’auteur explique aussi que Tepes a cherché à assoir son pouvoir sur des élites locales qui étaient très promptes à renverser leur dirigeant. Comme je l’ai dit plus haut, les fils des voïévodes pouvaient réclamer le siège de leur père. Les élites, ou même la population pouvaient donc changer de bord en fonction de leur intérêt.

    Enfin, et j’ai trouvé cela très intéressant, Dracula n’aurait pas forcément été un être sanguinaire, mais il aurait appliqué à la lettre la législation en vigueur. Le pal en plus…

    Bref, la partie le plus intéressante du livre.

     

    Par contre, je dois bien avouer que toute la « genèse » du Dracula de Bram Stoker ne m’a pas emballé. Il faut dire qu’ici, Cazacu s’éloigne un peu du personnage de Tepes pour un travail plus centré sur l’auteur irlandais et ses sources. Mais elle n’en reste pas moins intéressante.

    Cependant, je m’interroge. Je ne suis pas experte en la matière, mais j’avais déjà lu des explications sur la genèse de ce célèbre roman qui étaient très différentes de ce que propose Cazacu. Alors est-ce moi qui ai un manque de connaissance (probablement) ou alors chaque historien à ses propres interprétations ? À approfondir par d’autres lectures.

    Il évoque aussi les utilisations des vampires et de Dracula dans les films et autres supports. J’ai d’ailleurs relevé une faute. Cazacu cite que c’est Christopher Lee qui interprète le comte dans « Le bal des vampires » de Polanski ! (aïe)

     

    Pour terminer, Cazacu évoque les vampires en Roumanie et tente de voir si la vision de ces créatures peut s’appliquer à Dracula. Il faut avouer que la fin du livre sur cette partie est instructive, mais je lui reproche de se rapprocher un peu trop du livre de Stoker que du personnage historique.

     

     

    Voilà donc pour cette biographie de Dracula. Je pense que pour une meilleure compréhension de l’histoire de cet homme, il nécessiterait à chaque lecture d’avoir des connaissances en droit médiéval. En effet, je me suis rendu compte que pas mal de conflits au sein de la Valachie relevaient de droits des villes, droits des populations, etc. (droit de passage, droit de frapper monnaies).

    Le livre propose une carte de la Roumanie, centrée sur la Valachie. Mais cette aide se relève vite dérisoire aux vues de la complexité des événements. J’aurai aimé avoir des cartes pour comprendre les mouvements des armées des Vlad, père et fils, des armées des ottomans et des autres européens. Une seconde carte signalant les diverses populations de Roumanie et de Valachie aurait aussi pu permettre certains conflits.

     

    En conclusion, je dirai que, malgré quelques difficultés, ce livre est très intéressant. Il permet de mieux appréhender un personnage historique complexe, dans un monde tout aussi complexe, trop souvent connu comme personnage fantastique.

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