• D'Encre et de Sang (4)

    Et voilà la suite de ma nouvelle vampirique "D'Encre et de Sang". Le début est ici.

     

    Synopsis : Lowell Morgan est un jeune écrivain en mal de reconnaissance. Alors qu'il séjour chez des amis, il fait la connaissance d'une étrange demoiselle restée inconsciente durant plusieurs jours et que personne ne connait. Elle devient sa muse.

    Rating : tout public

     


    D'Encre et de Sang (suite)

     

     

    C’était la panique ce matin au Manoir. Durant la nuit, la respiration de Sìne s’était ralentit de manière brutale. Mathilde, prise de panique, avait envoyé quelqu’un chercher le docteur qui était arrivé aux premières lueurs de l’aube. Ce revirement soudain inquiétait le médecin. Il demanda à ce qu’on apporte immédiatement une soupe bien liquide. Elle devait absolument manger. Mathilde se montra d’une aide précieuse. Avec quelques injections  et un bon repas, Mercy pensait que tout devait rentrer dans l’ordre. Si ce n’était pas le cas, elle ne survivrait pas.

    Quand Morgan se leva, la matinée était déjà bien avancée. Il n’avait pas entendu toute l’agitation de la nuit. Personne n’avait voulu le réveiller car les employés de maison savaient que ce dernier travaillait dure jusqu’à une heure avancée. En apprenant ce qu’il s’était produit, il fut fort contrarié de ne pas avoir été recherché. Cela lui aurait peut-être évité un autre cauchemar pensa-t-il. Son premier réflexe fut de se rendre au chevet de Sìne.

    Sa muse respirait avait difficulté. Elle était inconsciente.   

    Tel un ange gardien, Mathilde ne la quitta pas des yeux. Cependant, cette dernière avait les paupières lourdes et piquait régulièrement du nez. Sa nuit avait été longue et tumultueuse. L’état de santé de sa protégée la préoccupait beaucoup. L’écrivain la congédia pour quelques heures. Il fallait qu’elle se repose si elle voulait accomplir sa tache. Morgan prit la place de la domestique. Il ne voulait pas que sa jeune muse succombe. Il avait encore tant à écrire. Pendant un court instant, il trouva son état d’esprit égoïste. Seul son livre, et donc sa gloire future, le rendait soucieux de la jeune femme. Si elle mourrait, il était possible qu’il ne puisse jamais finir son ouvrage. C’était donc pour cette raison qu’il voulait qu’elle vive. Très vite, il s’en voulu de penser ainsi.

    Assis dans un confortable fauteuil, il l’observait dormir. Encore une fois, son regard se posa sur la poitrine de Sìne. Elle se soulevait avec difficulté, puis redescendait. Sa respiration était très irrégulière.

                Vers la fin de l’après-midi, Sìne ouvrit les yeux. Morgan fut ravi de la voir sortie de son coma. Quand elle le vit, elle lui fit un grand sourire. Elle semblait heureuse de le voir. Le jeune homme se rapprocha de son amie pour lui parler.

    « Comment vous sentez-vous ? Voulez-vous quelques choses à manger ?

    _Lowell…

    _Dites moi ce que vous voulez. Je vous écoute.

    _Il faut me laisser me nourrir la nuit, dit-elle avec difficulté.

    _Pardon ?

    _Il faut que vous me laissiez me nourrir la nuit. »

                Morgan se réveilla en sursaut. Mathilde venait de rentrer dans la pièce. Elle portait un plateau avec un bol de soupe. L’écrivain la regarda d’un air idiot, il s’était endormi alors qu’il avait pour mission de surveiller Sìne.

    « Ho pardon sir, s’excusa la petite bonne. J’espère que je ne vous ai pas fait peur ?

    _Heu, non. Désolé je me suis assoupit. »

    Heureusement, l’état de l’endormie de s’était pas dégradée.

    L’écrivain laissa Mathilde pour surveiller Sìne. Elle le ferait visiblement mieux que lui. Après ses pensées égoïstes, voila qu’il s’était endormi. Il se sentait coupable de ne pas avoir mené sa mission à bien. Il se rendit dans ses appartements pour tenter de poursuivre son œuvre. Au moins quelque chose qu’il arrivait à maîtriser un peu. Il commença par relire ses notes. Une fois encore, il fut éblouit par ses propres écrits. Il se demanda même si ce qu’il lisait était bien de lui. D’ailleurs, Morgan remarqua qu’il n’avait aucune idée de la suite des événements de son récit. C’était comme si seule son Imagination, via Sìne, menait le jeu.

    Ce soir, rien ne vint malgré sa visite à la jeune endormie. Il tenta de griffonner quelques mots à la suite de ses anciennes notes mais rien ne parvint à la satisfaire. Sans  l’aide de sa muse, il avait l’impression d’être un gamin tentant de faire de Shakespeare. Il se sentait minable. Comment ferait-il quand Sìne repartirait ? Serait-il condamné à la page blanche ?

    Pendant de longues heures, il tenta de mettre en marche sa main et son Imagination, mais ce fut peine perdu. C’est très contrarié qu’il se coucha. Il mit un long moment avant de trouver le sommeil. Morgan appréhendait de faire un nouveau cauchemar. Malheureusement, la chose se répéta.

                Comme d’habitude, Sìne était sûr son  ponton. Son regard était las et fatigué. Assise de côté, elle jouait à faire des ronds d’eau avec une brindille. L’écrivain la rejoignit. Ils restèrent un moment là, sans rien dire. Morgan ressentit encore cet étrange sentiment de répulsion. Il ne comprenait pas comment une aussi belle femme pouvait produire tant de dégoût en lui. Sa belle poitrine, ronde et suave, le mettait en émoi. Ses lèvres sanguines le fascinaient autant qu’elles l’effrayaient. Il s’interrogea aussi que les étranges dents, semblable à des crocs, qui sublimaient son sourire. Elle ne les avait pas dans le monde réel. Alors pourquoi la voyait-elle ainsi dans cet espace onirique. Il en était de même pour le voile fin de ses yeux.

    « J’ai faim. » lâcha-t-elle froidement, sans même lancer un seul regard au son ami.

    Le jeune homme ne sut pas quoi il répondre. Rien autour de lui ne semblait comestible. Il se souvint aussi de la scène avec le lapin. Un frisson le parcourut.

    « Que faut-il que je fasse pour satisfaire votre faim ? Dites moi comment faire ? »

    Elle sourit, laissant apparaître ses deux crocs. Mais elle ne dit mot. Elle se tourna vers lui. Une étrange lueur brillait dans ses yeux. Ses iris étaient aussi fins que des allumettes. La moue de sa bouche inquiéta Morgan.

    Sìne commença à lui caresser doucement la main. Puis elle remonta progressivement vers son visage. L’écrivain se sentit tout émoustillé. Ses doigts  étaient glacés. Cette fraîcheur apaisa la chaleur des joues de Morgan. Il se sentait mal à l’aise, lui n’avait jamais connu le corps d’une femme. L’énigmatique brune colla sensuellement ses lèvres sanguines contre sa joue, puis sa bouche. Un étrange désir prit l’écrivain. Il avait envie de l’enserrer violemment. Mais quand il voulu poser ses mains sur elle, Sìne l’en empêcha. D’un regard, elle lui fit comprendre que c’était elle qui menait le jeu, il devait s’y soumettre. Il se laissa donc faire.

    Lentement, les lèvres magenta descendirent le long du cou de Morgan. Elle commença à lui faire des suçons. Puis, avec violence, tout en contradiction avec son comportement précédant, elle le mordit.

    L’écrivain poussa un hurlement de douleur. Il voulu repousser son amie mais il n’y parvint pas. Elle avait une force colossale. Morgan sentait les crocs de Sìne dans sa chair, les lèvres froides jouaient un rôle apaisant contre la douleur. Un liquide chaud se mit à couler le long de sa nuque. C’était du sang ! Son sang. Le jeune homme tremblait d’épouvante. Il se débattait avec le courage du désespoir. Les mains de la jeune femme le tenaient fermement contre le sol. Soudain, un bruit de succion se fit comme un murmure.

    Sìne buvait l’élixir de vie qui quittait Morgan. Horrifié par ce comportement monstrueux de son amie, il redoubla d’effort pour se libérer. Il échoua encore une fois. Impuissant, il ne put que subir l’attaque de sa muse. Il pleurait de désespoir. Son désir le plus profond était de s’éveiller. Jamais une chute de trottoir ne lui aurait apparu aussi belle.

                Au bout de quelques minutes qui lui parurent des heures, Sìne finit par lâcher sa proie. Elle se releva avec une grâce animale. Du sang dégoulinait de ses lèvres. Elle se nettoya d’un gout de langue bestiale. Une étrange puissance se dégageait d’elle. C’était si une nouvelle force l’avait gagné.

    Allongé sur le sol, Morgan se sentait complètement vidé. Il sentait à peine ses membres. Son réflexe fut de porter sa main à sa gorge. Il y sentit deux petites plaies. Il poussa des gémissements de douleur et d’angoisse. L’écrivain voulut se relever mais il échoua.

    Sìne s’agenouilla auprès de lui. Elle lui susurra ces mots à l’oreille.

    « Ne t’en fais. Tu ne mourras pas mon tendre ami. Tu auras l’air d’une larve pendant quelques heures puis tout redeviendra comme avant. Maintenant, il faut que tu te poses cette question : voudras-tu me laisser partir ? »

               

                Contrairement aux matins précédents, Morgan ne se réveilla pas dans un sursaut. Au contraire, il se sentait très fatigué, flasque. En repensant à son cauchemar, il porta sa main à son cou. Mais il ne sentit rien d’anormal sur sa peau. Cependant, il avait mal au cou, comme s’il avait passé la nuit dans une mauvaise position. Il se sentait très faible.

    Morgan mit un long moment avant de trouver la force de se lever. Ce fut une terrible épreuve pour lui. Il se souvint alors qu’il avait peu mangé ces derniers temps. L’écriture de son roman l’avait complètement obnubilé.

    Il se traîna, comme une loque jusqu’aux cuisines du Manoir. Le personnel fut effrayé par la figure pâle du jeune écrivain. Ils le firent s’asseoir et lui servirent de quoi nourrir au moins trois personnes. Julian, averti de l’aspect maladif de l’invité de son maître, arriva en courant. Lui aussi prit peur à la vue de la pâleur de son hôte.

    « Mon dieu monsieur ! Je vais tout de suite faire venir  le docteur. Vous êtes plus pâle qu’un linge !  »

    Morgan réussit à le convaincre de laisser le pauvre Mercy tranquille. Son état était simplement du à ses nuits agitées et du peu d’aliments qu’il avait ingurgité ces derniers jours. Dès qu’il eut dévoré un repas digne de Gargantua, Morgan reprit des couleurs et des forces. En à peine une heure, il avait reprit un aspect normal, ce qui rassura toute la maisonnée. Cette nouvelle réchauffa le cœur de Mathilde, surtout que Sìne avait reprit une respiration normal durant la nuit.

     


    La suite ici.


     

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